UNION EUROPÉENNE NATURAFRICA AFRIQUE CENTRALE COMIFAC

Harmonisation du suivi écologique en Afrique centrale

Vers un standard régional de suivi de la faune — cadre méthodologique pour l'harmonisation des métriques, des espèces-cibles et des protocoles de suivi dans les aires protégées.

0
réponses à l'enquête en ligne
0
entretiens d'experts
0
documents revus
0
pays couverts
0
structures / AP représentées
0
recommandations principales
Résumé

Résumé exécutif

Le suivi de la faune est aujourd'hui généralisé dans les aires protégées d'Afrique centrale, en particulier celles bénéficiant d'un appui de l'initiative NaturAfrica. Pourtant, les méthodes, les métriques et les objectifs restent très hétérogènes d'un site à l'autre, ce qui limite la comparabilité des résultats et la production d'indicateurs régionaux cohérents.

AGRECO et la COMIFAC ont mandaté la réalisation d'un cadre méthodologique pour l'harmonisation du biomonitoring dans les méta-paysages des forêts du Bassin du Congo et les paysages de transhumance d'Afrique centrale, dans le cadre du Plan de Convergence de la COMIFAC et des exigences de NaturAfrica.

Le rapport repose sur trois sources : une enquête en ligne (55 réponses valides, sept pays), dix-neuf entretiens semi-structurés, et une revue documentaire de plus de 200 références. Ces sources convergent vers un même diagnostic : les dispositifs existent, les équipes s'investissent, les données sont collectées — mais leur valeur reste limitée par la fragmentation des approches, la faible capitalisation des données et un décalage fréquent entre métriques produites et besoins réels de gestion.

Quatre orientations principales

  • 1Adopter une approche modulaire par niveaux plutôt qu'un protocole unique inapplicable à la diversité des situations.
  • 2Investir dans les capacités humaines autant que dans les outils techniques.
  • 3Structurer la gestion et le partage des données pour réduire le volume de données dormantes.
  • 4Aligner les financements et exigences réglementaires sur ce cadre commun.

Ce rapport constitue la première partie d'un livrable en deux volets, complété par un manuel opérationnel — la Boîte à outils biomonitoring — traduisant les recommandations en fiches pratiques.

Section 1

Introduction générale

Contexte et justification

Le Bassin du Congo abrite l'un des ensembles forestiers tropicaux les plus vastes et les plus riches en biodiversité au monde. Les paysages de transhumance d'Afrique centrale constituent une composante tout aussi essentielle, abritant des communautés animales de savane d'une grande richesse. Ces deux écosystèmes subissent des pressions croissantes : fragmentation de l'habitat, exploitation des ressources, braconnage, expansion des infrastructures.

Malgré l'importance reconnue du suivi de la faune, les dispositifs existants varient fortement en objectifs, méthodes, métriques et niveaux d'effort — une hétérogénéité qui limite la production de diagnostics cohérents à l'échelle régionale.

Ancrage institutionnel

Le rapport s'inscrit dans l'Axe prioritaire 3 du Plan de Convergence de la COMIFAC — « Conservation et utilisation durable de la diversité biologique » — et l'objectif opérationnel 3.1.2 : assurer le suivi écologique de la biodiversité dans les aires protégées et en dehors.

L'indicateur d'impact 3.1 C vise, d'ici 2025, la stabilisation au minimum des populations de grands mammifères et autres espèces menacées d'Afrique centrale. Le travail s'inscrit également dans les exigences de NaturAfrica en matière de comparabilité et d'agrégation régionale des données.

Le problème n'est pas l'absence de biomonitoring dans les aires protégées d'Afrique centrale. Le problème est l'absence d'un cadre commun pour la collecte et l'analyse des données issues du suivi de la faune. L'harmonisation doit porter sur ce que l'on mesure, pas uniquement sur comment on mesure.

Décideurs & bailleurs

Attendent des informations synthétiques, fiables et comparables pour éclairer les politiques et justifier les investissements.

Gestionnaires de terrain

Ont besoin d'outils réalistes, adaptés à leurs moyens, utiles à la gestion quotidienne.

Portée du rapport

Méta-paysages des forêts du Bassin du Congo et paysages de transhumance d'Afrique centrale ; institutions régionales, administrations nationales, bailleurs et gestionnaires d'AP.

Section 2

Cadre conceptuel du biomonitoring

Trois niveaux à distinguer

Variables biologiques

Observations brutes : une photo, une trace, un nombre d'individus, une localisation GPS.

Métriques

Ce que l'on mesure : richesse spécifique, densité, probabilité d'occupation, indice d'abondance relative.

Indicateurs

Interprétation de la métrique dans un cadre décisionnel, supposant une référence ou un seuil de gestion.

Un dispositif cohérent se construit selon une hiérarchie précise : question de gestion → métrique pertinente → espèce cible → méthode et outil (Strindberg & O'Brien, 2012).

Objectifs de suivi, métriques et pertinence opérationnelle

Trois enseignements se dégagent : les estimations absolues (densité) sont attractives mais fragiles à grande échelle ; les indices relatifs simples sont peu coûteux mais peu robustes sans contrôle de détectabilité ; les métriques d'occupation constituent le meilleur compromis — colonne vertébrale méthodologique retenue pour le dispositif harmonisé.

Objectif de suiviCe que l'on estimeTypePertinence SavanesPertinence ForêtsPertinence gestion AP
Estimer combien d'animaux par surfaceDensité (ind./km²)AbsoluBonne à moyenneFaibleLimitée
Estimer la taille totale d'une populationAbondance absolue (N)AbsoluFaibleTrès faibleFaible
Suivre des variations sans viser l'absoluIndices d'activitéRelatifBonneMoyenneBonne (court terme)
Cartographier où l'espèce est présentePrésence / absenceRelatif (brut)BonneMoyenneBonne (diagnostic)
Estimer la présence en corrigeant la non-détectionProbabilité d'occupation (ψ)Relatif (corrigé)Très bonneTrès bonneExcellente (harmonisation)
Identifier les zones clés d'utilisationGradient d'occupation / activitéRelatifTrès bonneTrès bonneExcellente (zonage)
Suivre l'efficacité de la gestionVariation temporelleRelatifTrès bonneTrès bonneExcellente (reporting)
Relier faune et pressions / gestionEffets de covariablesRelatif explicatifBonneBonneExcellente (pilotage)
Section 3

Méthodologie

📋 Enquête en ligne

Diffusée via Google Forms à 176 destinataires. 55 réponses valides, 52 structures/AP, 7 pays. 21 questions ouvertes et fermées.

🎙️ Entretiens d'experts

19 entretiens semi-structurés (oct. 2025 – janv. 2026), ~1h chacun, avec ONG, chercheurs, bureaux d'études.

📚 Revue documentaire

Plus de 200 documents : articles scientifiques, rapports institutionnels, guides méthodologiques, plans de gestion, stratégies nationales.

Section 4

Synthèse bibliographique

Corpus de plus de 200 documents, dont une soixantaine directement cités. Six axes thématiques structurent la synthèse.

Cadres internationaux

Cadre IUCN (2024) état-pressions-réponses, aligné sur Kunming-Montréal ; Essential Biodiversity Variables (GEO BON) ; TEAM Network (arrêté, avertissement sur la pérennité institutionnelle) ; Wildlife Picture Index.

Forêt tropicale dense

Le piège photographique s'impose comme outil pivot (Zwerts et al., 2021 ; Bruce et al., 2025 ; Whytock et al., 2022 au Gabon). Estimation de densité sans marquage : REST (Nakashima et al., 2021), REM (Palencia et al., 2022).

Savane & transhumance

Corpus plus dispersé. Approches aériennes fragilisées par les coûts et l'insécurité (Delplanque, 2024 : deep learning + télédétection). Suivi des grands carnivores documenté (Elliot et al., 2017 ; WRTI, 2024).

Approches multi-niveaux

Arbre de décision de Strindberg & O'Brien (2012), actualisé par Strindberg (2025). L'occupation comme alternative robuste aux estimations de densité (O'Brien & Strindberg, 2015).

Gestion des données

SMART et EarthRanger dominants ; convergence via l'alliance SERCA. Standard Camtrap DP en extension à la bioacoustique. Problème documenté des données dormantes (Lhoest & Vermeulen, 2021).

Ancrage régional

Plan de Convergence COMIFAC (2015-2025) ; reconnaissance des AMCEZ (Doumenge et al., 2025) ; sites du patrimoine mondial dans les PPCD NaturAfrica ; outils METT / IMET.

Sept constats transversaux

  • 1Convergence forte autour du piège photographique comme outil pivot, mais absence de protocole régional standardisé.
  • 2Maturité des méthodes d'estimation de densité sans marquage individuel (REST, REM, distance sampling adapté).
  • 3Rupture persistante entre littérature scientifique et appropriation opérationnelle.
  • 4Vide méthodologique relatif pour les savanes d'Afrique centrale par rapport à l'Afrique de l'Est/australe.
  • 5Sous-documentation des dispositifs transfrontaliers (TNS, TRIDOM, Bili-Uélé, Garamba-Chinko-Lantoto...).
  • 6Manque de publications sur la durabilité long terme des dispositifs (Bessone et al., 2025 sur la Salonga : exception notable).
  • 7Faible mobilisation des savoirs écologiques locaux dans la littérature méthodologique dominante.

Bibliographie complète (par catégorie)

Section 5

Résultats de l'enquête en ligne

Méthodes et outils utilisés
Q3. Vos méthodes de suivi écologique sont-elles mises en œuvre selon un protocole formalisé, reproductible et documenté ? — 55 réponses
Formalisation des protocoles de suivi écologique (Q3, n=55). Source : Arnhem (2025).
Espèces et groupes suivis

Les espèces suivies en priorité reflètent les enjeux de conservation, les attentes institutionnelles et les réalités du terrain. Les éléphants arrivent très nettement en tête (cités dans plus de 60 % des réponses), suivis des grands singes (gorilles, chimpanzés, bonobos), des grands herbivores (hippopotames, buffles, élands) et de certains prédateurs emblématiques (lions, léopards). Quelques réponses spécifiques concernent des espèces aquatiques ou côtières (tortues marines, lamantins), notamment pour les sites côtiers.

Ce résultat confirme une tendance classique bien documentée dans la littérature : les dispositifs de suivi se structurent souvent autour d'espèces visibles, symboliques ou politiquement importantes, mais pas nécessairement autour des espèces indicatrices des pressions anthropiques les plus utiles à la décision de gestion. Les motivations citées par les répondants combinent l'importance écologique (espèces dites clés de voûte ou indicatrices), la valeur emblématique, la vulnérabilité (espèces menacées), et le rôle dans les conflits homme-faune — ce dernier point étant particulièrement saillant pour les éléphants.

Finalités du suivi écologique

Les répondants identifient quatre finalités principales au suivi de la faune, hiérarchisées de manière cohérente :

• Évaluer l'état de conservation de la faune et détecter les tendances — finalité la plus fréquemment citée. Il s'agit de mesurer les changements dans les populations animales, notamment celles des espèces clés et indicatrices, et de détecter déclins ou récupérations sur le moyen et long terme.

• Orienter les décisions de gestion — utilité opérationnelle du suivi pour adapter les efforts de protection, planifier les patrouilles, prioriser les zones d'intervention ou ajuster les budgets selon les besoins détectés.

• Répondre aux exigences des bailleurs — le suivi vise aussi à documenter les résultats auprès des partenaires techniques et financiers et à remplir des obligations contractuelles ou normatives.

• Améliorer les connaissances scientifiques et la transparence — production de données fiables et partagées, utiles aux chercheurs, aux autorités nationales et aux autres partenaires de la conservation.

Cette hiérarchie révèle déjà la ligne de tension centrale du biomonitoring en Afrique centrale : les deux premières finalités relèvent de la gestion opérationnelle et stratégique, les deux suivantes de la redevabilité et de la connaissance. Un cadre harmonisé doit répondre simultanément à ces quatre objectifs, ce qui plaide pour une architecture modulaire plutôt que pour un protocole unique.

Ressources mobilisées

Le suivi faunique mobilise des ressources humaines importantes : 44 % des répondants déclarent mobiliser plus de 10 personnes pour les opérations de suivi, 31 % entre 6 et 10 personnes, et 11 % des équipes de 3 à 5 personnes. Les configurations varient fortement selon la taille de l'aire protégée, le Union européenne — NaturAfrica Afrique centrale — COMIFAC | Page 24 / 46 Harmonisation du suivi écologique en Afrique centrale — Rapport de mission type de suivi, les contraintes sécuritaires (notamment en RDC) et les capacités logistiques. Les grandes campagnes d'inventaire peuvent mobiliser plusieurs dizaines de personnes incluant pisteurs, écogardes, assistants techniques, partenaires et personnel de soutien.

Les budgets alloués au suivi écologique varient très fortement, de moins de 1 €/km²/an à plus de 200 €/km²/an. La tranche supérieure à 10 €/km²/an est la plus fréquemment citée (25 %). Treize pour cent des répondants affirment ne disposer d'aucun budget spécifique au suivi écologique, et 18 % ne connaissent pas le montant effectif du budget mobilisé — un résultat qui illustre une intégration imparfaite du suivi dans la comptabilité analytique des aires protégées.

Près de trois répondants sur quatre s'appuient au moins partiellement sur des partenariats extérieurs pour mettre en œuvre leurs activités de suivi. Seuls 11 % des sites déclarent tout réaliser en interne. Cette dépendance à l'expertise et aux ressources externes constitue à la fois une opportunité — capitalisation de l'expérience de partenaires spécialisés — et une fragilité structurelle, documentée par Lhoest & Vermeulen (2021) dans leur analyse du réseau ECOFAC.

Conditions d'une harmonisation

La majorité des répondants (plus de 60 %) se montre favorable ou non opposée à l'idée d'une harmonisation, sous conditions. Quarante-cinq pour cent indiquent qu'ils n'y verraient aucun problème si le protocole reste léger, flexible et complémentaire des pratiques existantes. Seulement 13 % expriment une réticence claire.

Les trois principaux obstacles identifiés sont :

• Les contraintes budgétaires — l'adoption de protocoles standardisés représente pour beaucoup un surcoût difficilement absorbable dans des budgets déjà tendus ;

• L'adéquation locale — des outils trop rigides ou conçus sans prise en compte des réalités écologiques, sociales et logistiques propres à chaque aire protégée risquent d'être inopérants ;

• Le déficit de capacités techniques et humaines — manque de personnel formé pour mettre en œuvre des outils standardisés.

Seize pour cent des répondants manifestent en outre une méfiance de principe vis-à-vis des approches externes ou top-down, un signal qu'il convient de prendre au sérieux dans la communication autour du cadre harmonisé.

Les quatre conditions-clés d'adoption citées le plus fréquemment sont :

• La formation et le renforcement des capacités (41 mentions) — un protocole, même bien conçu, ne peut être mis en œuvre sans un accompagnement terrain structuré ;

• L'appui financier pour la mise en œuvre (39 mentions) — en miroir de la formation, un besoin fort de financement dédié ;

• La flexibilité et l'adaptation locale (38 mentions) — nécessité de laisser une marge d'ajustement aux réalités de chaque site ;

• La simplicité de mise en œuvre (31 mentions) et la complémentarité avec les protocoles existants (34 mentions) — l'adhésion dépend d'une approche compatible avec les pratiques en cours.

Sept répondants ont par ailleurs signalé avoir participé à un dispositif standardisé dans le passé, exclusivement via le TEAM Network. L'ensemble des autres répondants déclare ne participer à aucun dispositif régional ou international standardisé à ce jour. Ce résultat confirme qu'il existe un véritable vide institutionnel à combler.

La méthode perçue comme la plus adaptée

Interrogés sur la méthode qui leur semblait la plus adaptée à une standardisation régionale, les répondants convergent clairement vers le piégeage photographique. Cette méthode est citée seule ou en combinaison avec d'autres approches (transects de reconnaissance, transects linéaires), et perçue comme adaptée à une standardisation en raison de trois qualités : sa capacité à produire des données comparables (réduction des biais d'observateur), la diversité des métriques qu'elle permet (présence/absence, indices d'activité, densités via distance sampling ou REST/REM), et sa moindre dépendance aux capacités individuelles de l'observateur.

Les transects linéaires appliqués au distance sampling restent cités comme référence, en particulier en complément des pièges photographiques. Plusieurs répondants mentionnent explicitement l'usage de transects de 2 km positionnés selon une maille d'échantillonnage systématique. Au-delà de ces deux approches, les participants mettent en garde contre toute approche trop rigide : l'efficacité des méthodes dépend fortement du contexte écologique, institutionnel et logistique. L'approche modulaire ou multi-méthodes semble plus réaliste que l'imposition d'une méthode unique.

Les résultats de l'enquête convergent vers un diagnostic clair : les dispositifs existent, les outils sont largement partagés, les obligations de rapportage sont généralisées, mais la confiance dans les résultats et leur comparabilité reste fragile. L'harmonisation est attendue, à condition qu'elle soit pragmatique, flexible et accompagnée. Elle trouvera sa légitimité dans sa capacité à renforcer la crédibilité des gestionnaires, non dans son usage comme instrument de pilotage financier.

Espèces suivies en priorité

Éléphants en tête (>60 % des réponses), suivis des grands singes, grands herbivores et prédateurs emblématiques (lions, léopards). Quelques espèces aquatiques/côtières sur sites littoraux.

Budget de suivi écologique

Très variable (<1 à >200 €/km²/an). Tranche >10 €/km²/an la plus citée (25 %). 13 % sans budget dédié ; 18 % ignorent le montant mobilisé.

Objectifs de standardisation les plus soutenus

Comparabilité en paysages transfrontaliers : ~90 % d'adhésion. Comparabilité de la richesse spécifique : 89 %. Orientation des financements : objectif le moins soutenu (20/55 en désaccord).

Les résultats convergent vers un diagnostic clair : les dispositifs existent, les outils sont largement partagés, les obligations de rapportage sont généralisées — mais la confiance dans les résultats et leur comparabilité reste fragile. L'harmonisation est attendue, à condition d'être pragmatique, flexible et accompagnée.
Section 6

Résultats des entretiens d'experts

6.1 Consensus sans protocole unique

L'harmonisation est nécessaire mais ne doit pas être un protocole unique imposé — trop irréaliste vu la diversité des contextes.

6.2 Gestion opérationnelle vs exigence scientifique

« La première question du gestionnaire ne devrait pas être combien d'animaux y a-t-il, mais ai-je un impact, est-ce que je contrôle mon aire protégée. »

6.3 Métriques simples mais robustes

L'occupation comme compromis entre robustesse scientifique et faisabilité, avec contrôle explicite de la détectabilité.

6.4 Rejet des IKA non contrôlés

Méfiance quasi générale envers les Indices Kilométriques d'Abondance sans contrôle de détectabilité — inutilisables pour comparer les sites.

6.5 Piégeage photographique, outil pivot

Plus grand potentiel de standardisation, mais un outil — pas une méthode. Complémentarité avec la bioacoustique passive.

6.6 Standardisation des données, un préalable

62 % des gestionnaires du réseau ECOFAC déclarent disposer de données dormantes. SMART/EarthRanger comme socles minimaux.

6.7 Vers une approche multi-niveaux : un socle minimal de collecte standardisée ; des métriques simples mais robustes ; des points de référence stratégiques pour les espèces focales ; une forte attention à la simplicité et à la durabilité.
Section 7

Discussion

7.1 Le statu quo n'est plus tenable

Ressources importantes mobilisées, mais impact réel limité. Données produites mais souvent dormantes ; dépendance forte à des consultants extérieurs.

7.2 Observer n'est pas compter

Une baisse des observations ne signifie pas une baisse des animaux tant que la détectabilité n'est pas contrôlée. Fonde le rejet des IKA non contrôlés.

7.3 Une fenêtre d'opportunité

Outils accessibles, protocoles de référence disponibles, cadre NaturAfrica aligné post-Kunming-Montréal, Plan de Convergence en révision.

Section 8

Recommandations

1 · Approche modulaire par niveaux

Un protocole unique n'est ni réaliste ni souhaitable. Architecture par niveaux différenciée forêt/savane, avec une exigence minimale commune fondée sur des métriques harmonisées.

2 · Investir dans les capacités humaines

La durabilité repose d'abord sur les équipes : formation continue, outils d'interprétation, intégration des savoirs écologiques locaux.

3 · Structurer la gestion des données

Standardiser la collecte (SMART/EarthRanger, SERCA), assurer l'archivage long terme, organiser un partage maîtrisé (SIFAC, GBIF, APES).

4 · Aligner financements et réglementation

Bailleurs et autorités doivent conditionner les financements à l'adoption de métriques harmonisées et distinguer suivi opérationnel et inventaires stratégiques.

Section 9

Conclusion générale

Le biomonitoring mobilise des moyens humains, logistiques et financiers importants dans les méta-paysages d'Afrique centrale. Pourtant, son impact réel sur la gestion reste souvent limité par la fragmentation des approches, la faiblesse de la capitalisation et le décalage entre métriques produites et besoins de gestion.

L'harmonisation nécessaire ne peut pas prendre la forme d'un protocole unique imposé à tous les sites : elle exige un cadre plus souple, progressif et réaliste — fondé sur des métriques harmonisées, une architecture modulaire par niveaux, un renforcement ciblé des capacités et une meilleure structuration de la gestion des données.

Ce rapport constitue la première partie d'un livrable en deux volets, complété par le Manuel opérationnel — la Boîte à outils biomonitoring — qui traduit ces orientations en fiches pratiques différenciées par biome, directement mobilisables par les gestionnaires d'aires protégées.